Préparation du panneau

Le choix du panneau de bois requiert la plus grande attention. La préférence doit être donnée à un bois compact et privé de noeuds. Les bois les plus utilisés sont le tilleul, le bouleau, le hêtre, le cèdre et le sapin, selon les endroits et les traditions.
Les icônes de grande dimension sont composées de plusieurs planches, réunies par emboîtement ou par un assemblage " à rainure et languette". De la colle et des chevilles de bois préviennent les fissurations et les fendillements. La surface peinte correspond toujours au côté qui est tourné vers le centre de l'arbre.
On évite ainsi que l'icône ne se déforme avec le temps et ne prenne une forme concave. Grâce à cette précaution, elle risque seulement d'adopter un profil convexe, forme de tuile, caractéristique de nombreuses icônes anciennes. Dans ce cas, l'image apparaît alors dilatée et non déformée. Le revers du panneau est renforcé par des traverses, souvent découpées dans un bois plus dur, qui sont fixées sans l'aide de colle ni de clou, et glissées dans des entures à queues d'aronde. Ces traverses sont placées perpendiculairement au fil du bois, de manière à exercer une traction équivalente en sens opposé, sur la surface à peindre.
A partir du XVIII ème siècle, les artistes russes se servirent d'un autre système de renforcement: deux baguettes de bois étaient encastrées dans l'épaisseur du panneau, aux extrémités supérieure et inférieure. Aujourd'hui les icônes ainsi renforcées peuvent donc être datées avec certitude.
La surface à peindre est creusée au moyen de scalpels et de gouges bien affilés de façon à créer une "cuvette", (Kovtcheg ) dont la surface plate et régulière conserve quelques ondulations. Sur cette surface, la lumière des bougies ou des lampes provoquera des effets d'ombre et de lumière.
Ensuite le panneau est hachuré d'incisions obliques et croisées, puis recouvert, au pinceau, de deux couches de colle animale (de lapin, de poisson ou, idéalement d'esturgeon ), bien chaude.Cette opération est destinée à préparer l'entoilage du panneau, une précaution adoptée dès l'Antiquité, afin de prévenir le fendillement de la couche de peinture.
La surface du panneau est ainsi recouverte d'une solide toile de lin à trame régulière, légèrement plus grande que le panneau, et bien imprégnée de colle. On l'applique soigneusement sur la planchette. L'utilité de cette toile est évidente: elle supporte la couche de peinture, qui résistera plus facilement aux sollicitations des mouvements du bois. Mais l'opération possède aussi une signification théologique, car la toile rappelle le miracle de la première icône, le visage "qui n'est pas fait de la main de l'homme". Après avoir imprimé sur un drap de lin, Jésus lui-même le confia aux messagers du roi Abgar, afin de le guérir de la lèpre.
Toutes les icônes sont issues de ce premier visage, le visage du Dieu fait homme.
L'opération suivante est essentielle: elle consiste à préparer le " levkas" (du grec leukos,blanc ),
la couche blanche qui constitue le support définitif de la peinture. Ce fond blanc, qui était surtout utilisé à Byzance et dans le bassin méditerranéen, doit être préparé et appliqué avec le plus grand soin. Le résultat final en dépend. Le levkas est composé de colle d'esturgeon et d'une fine poudre d'albâtre ou de " blanc de Meudon" qui doivent être mélangés selon des proportions très précises.
Encore chaud, le mélange est appliqué sur le panneau au moyen d'un pinceau et d'une spatule en plusieurs couches successives, de sept à douze. On attend plusieurs heures entre chaque application, de façon à laisser sécher la dernière couche. Cette technique qui convient idéalement à la préparation d'un fond homogène, plat et absorbant, destiné à recevoir la couche de couleur, fut utilisée par toutes les grandes écoles de Toscane aux XII et XIII ème siècle. 

Retour Iconographie